lundi 31 juillet 2006

Il est grand temps de rallumer les étoiles

Il y a des matins où on se lève et on se dit « stop, ça suffit comme ça »
Il y a des matins où on se dit que de toutes façons il faut bien continuer.
Ce matin, comme dirait l’autre, il est grand temps de rallumer les étoiles
Oui, il a raison. Il est temps.
Faut juste que je les trouves les étoiles, parce que c’est pas le tout de les rallumer.
En plus il en manque une, que le petit cochon a mangée et qui est toujours chez Papa Saïd.
Alors, oui, je vais rallumer les étoiles,
Un jour.
Quand je les trouverais.
En attendant je vais vous raconter une histoire…

Il était une fois une petite ombre qui n’était accrochée à rien. La petite ombre était bien triste de n’avoir pas de propriétaire, alors un jour elle décida de partir à travers le monde pour en trouver un.
Le premier jour, la petite ombre rencontra un canard et s’accrocha à ses pas.
« Que fais tu ? » demanda le canard « ben, je suis ton ombre ! » répondit la petite ombre
« tu ne peux pas être mon ombre, dit le canard, regardes, tu n’as pas d’ailes !! »
Alors la petite ombre s’en alla.
Le lendemain, la petite ombre rencontra un chat et s’attacha à ses pas.
« Qui es tu ? » demanda le chat « ben, je suis ton ombre ! » répondit la petite ombre
« tu ne peux pas être mon ombre, dit le chat, regardes, tu n’as pas de queue !! »
Alors la petite ombre s’en alla, elle étais bien triste de ne pas être une ombre de chat.
La petite ombre rencontra une girafe, mais son cou était trop court.
Une souris, mais elle était trop grande.
Un éléphant, mais cette fois elle était trop petite.
La petite ombre ne courrait pas assez vite pour le léopard, ne grimpait pas assez bien dans les arbres pour le singe, ne pouvais pas suivre l’aigle de si haut et n’avais pas de carapace ou de piques comme la tortue et le hérisson.
La petite ombre avait presque terminé son tour du monde mais elle n’avait toujours pas trouvé de qui elle pouvait être l’ombre.
Un jour, elle arriva dans un village où il n’y avait pas de lumière.
Aucune lampe, aucun feu, pas même une bougie. La lune elle même étais cachée par d’énormes nuages noirs. La petite ombre se dit qu’ici, au moins, on ne la remarquerait pas, en tous cas jusqu’au matin, et qu’elle pourrait se reposer un peu.
Elle se posa au pied d’une fontaine et s’endormit.
A son réveil, il faisait toujours nuit. La petite ombre s’en étonna car elle pensait avoir dormi longtemps, mais elle vit que les habitants du village étaient levés, et vaquaient à leurs occupations comme en plein jour.
La place du village était tellement noire que tous les habitants semblaient être des ombres, aussi la petite ombre osa aborder l’un d’eux : « pourquoi fait-il aussi sombre ici ? Le soleil ne se lève t’il donc jamais ? » « non, répondit le villageois, le roi a fait promettre au soleil de ne jamais se lever sur le village, et à la lune de ne jamais se découvrir » la petite ombre était très étonnée : « mais pourquoi ? est-ce que le roi n’aime pas la lumière ? » « Oh, si, lui répondit le villageois, notre roi aimait beaucoup la lumière autrefois. Mais une sorcière a jeté une malédiction à son fils : elle lui a volé son ombre et l’a envoyé à l’autre bout du monde en lui ôtant tout souvenir, de sorte que cette ombre ne sait pas elle même qu’elle est celle du prince ! ». La petite ombre fut touchée de cette histoire, elle était triste pour le prince qui avait perdu son ombre, et plus encore pour l’ombre du prince, qui devait errer de par le monde à la recherche de son propriétaire, tout comme elle.
Alors la petite ombre décida d’aller voir le roi pour lui proposer de l’aider à retrouver l’ombre du prince. Arrivée devant le palais, elle se glissa entre les gardes, puis se faufila sous la porte, hop ! ni vu ni connu, elle se retrouva devant le roi. La salle du trône était elle aussi plongée dans la pénombre, aussi le roi ne pouvait pas la voir. La petite ombre se posa doucement sur l’accoudoir et chuchota à l’oreille du roi « Majesté, je vous offre mes services pour retrouver l’ombre du Prince » le roi sursauta, il n’avait entendu entrer personne pourtant ! « Mais qui est là ? » Demanda t’il, « Je suis moi même une ombre, répondit la petite ombre, et comme telle je peux parcourir le royaume jusqu’à l’autre bout du monde, interroger les ombres des animaux et des plantes pour savoir si l’une d’entre elles a aperçut l’ombre perdue du prince »
« Si vous pouvez faire ça mon royaume est sauvé, s’écria le roi » et il fit appeler le prince pour que la petite ombre prenne ses mesures. Il ne faudrait pas que la petite ombre se trompe et que le prince se retrouve avec une ombre de chat !
Mais soudain, lorsque le prince arriva, la petite ombre sentit un fourmillement dans ses pieds, et elle se retrouva à glisser, glisser, glisser sur le sol, glisser jusqu’aux pieds du prince où elle se retrouva accrochée sans moyen de se défaire. C’était très ennuyeux car si elle était collée au prince elle ne pourrait pas partir à la recherche de son ombre ! le roi essaya de la décoller, impossible ; les gardes essayèrent sans plus de résultats, alors le chambellan décida d’allumer une bougie, se disant que ce serait plus facile de défaire les nœuds avec un peu de lumière.
Il alluma la bougie, et alors tout le monde pu voir que la petite ombre était la réplique exacte du petit prince ! le prince n’avait pas d’ailes comme le canard, pas de queue comme le chat, pas de long cou comme la girafe. Il était plus petit que l’éléphant et plus grand que la souris.
Il courrait moins vite que le léopard et ne pouvais pas voler comme l’aigle. Et enfin, il n’avait ni carapace ni piquants, il était en tous points semblable à la petite ombre !
Le roi, le chambellan, les gardes et le prince étaient médusés, c’était un miracle, se pouvait il que la petite ombre soit celle que le prince avait perdue ?
Le prince leva la main gauche, la petite ombre fit de même. Il leva la jambe droite, la petite ombre en fit autant. Le prince sauta à pieds joints, fit une pirouette, dansa et courra à travers la pièce, à aucun moment la petite ombre ne se détacha. Alors le prince s’arrêta devant son père et sourit, oui, ça y est, il avait retrouvé son ombre !
Le lendemain, le soleil pu enfin se lever sur le village.
Et la petite ombre savait enfin qui elle est.


Comme quoi…

lundi 24 juillet 2006

R.I.P

Lundi.
Lundi lundi lundilundilundilundi l’un dit et l’autre part.
J’ai beau regarder dans le miroir, je ne vois rien. Je ne suis pas là. Ou du moins pas visible.
Je ne ressens plus rien d’autre qu’une intense envie de vomir. Vomir. Encore et encore, tout ce que j’ai dans l’estomac, puis mes tripes partiront elles aussi au fond des toilettes, mes organes suivront, mes os, mes muscles et enfin ma peau. Tout.
Je l’ai entendu se briser hier, c’était un son écoeurant, comme un verre qui éclate, mais un verre organique, et ce sont des morceaux de chair qui m’ont éclaboussé les pieds.
Il est brisé et quelqu’un en a piétiné les morceaux. Je n’ai rien fait pour l’en empêcher. À quoi bon?
Il est brisé dorénavant, mais je n’en aurais plus besoin. Je suis vide. Je suis Le Vide. Est-ce que le vide à besoin d’un cœur ?
Non. Le Vide se contente d’être vide.
Je n’ai déjà plus qu’un vague souvenir de la sensation de son battement.
Mais qu’est-ce qu’un battement de cœur ? Un muscle qui se contracte, une fraction de seconde… Le mien s’est arrêté.
Je devrais en être soulagée, il me faisait tellement souffrir ces derniers temps.
Voilà. Ça, c’est fait.
Il me reste encore à me débarrasser de mes rêves, quoiqu’il n’en reste pas grand-chose.
Puis de mes idées.
Me débarrasser de mes seins aussi, ils me rappellent trop ses caresses. De mes oreilles pour ne plus entendre. De mes yeux pour ne plus rien voir. De mes lèvres qui n’embrasseront plus.
Je dois me débarrasser de tout ça. Je pourrais peut-être faire une sorte de « vide grenier » ?
« -Des seins ! Qui veut des seins ? De beaux nichons bien fermes ! J’offre les fesses en prime !
- Bonjour, je vais vous prendre un œil et la main, là
- Ah désolée ma petite dame mais les yeux se vendent par paires uniquement !
- Oh bon, mais vous n’auriez pas une autre couleur ? ceux-ci paraissent bien ternes…
- C’est qu’ils ont beaucoup pleuré, mais ils sont encore en très bon état ! Allez, vous me prenez l’ensemble et je vous offre un nombril »

Voici qui pourrait être drôle.
Ainsi, je serais telle que je me ressens : rien.
Je pourrais n’être plus qu’un trou. Vide. Sans envies, sans sentiments.
Juste un trou. Avec du vide autours.
Et là, enfin, je n’aurais plus mal.
Je pourrais mourir sans crainte de me décomposer.

C’est drôle, je n’ai jamais eu peur de mourir mais seulement de la décomposition. Comme si je risquais d’être enterrée vivante et de me voir dévorée par les vers. C’est stupide, les vers ne mangent pas les vivants.

Et de toutes façons, je ne suis plus vivante depuis longtemps. J’ai seulement cru sentir mon cœur battre ces derniers jours.

J’ai seulement cru être et exister.

Mais je ne suis qu’un rêve dans la tête d’une petite fille morte il y a 13 ans.
Tuée sur la plage sous les feux d’artifice.
Qui a cru qu’elle aussi y avait droit.

Au bonheur.

Ce soir je sais

Ce soir, je me suis vue ce soir
Vue, par ses yeux vue
Telle que je suis, telle
Qu’il me voit, lui, il me voit
Offerte, lascive et offerte,
Nue, sur les draps, nue,
Les cuisses ouvertes, mes cuisses
Et mon ventre qui l’appelle, mon ventre
Affamé, déchiré par le désir et affamé,
Je vois ce que je suis pour lui, je vois
Mon corps plastique, mon corps
Pneumatique, gonflé et pneumatique
Mes lèvres qu’il écrase, mes lèvres
Sans mots, toute mon histoire est sans mots.
Ainsi je suis, pour lui, Ainsi
Mon cœur est froid, mon cœur
Est vide, mon âme aussi est vide,
Joujou d’un soir, je suis joujou
Pour lui j’étais pour lui
Poupée gonflée, sans vie, poupée
Pour jouer. C’est tout. Pour jouer.




Ne cherchez plus, je sais aujourd'hui qui je suis. Ce que je suis.
Rien.
Un trou avec du vide autours.
Un cri silencieux.
Une larme effacée.
Un reflet brouillé.
Le petit rien que vous venez de croiser et déjà oublié,
le petit caillou qui restait sur la route,
l'ombre que vous avez cru voir
c'était moi.
Ne cherchez plus, je sais aujourd'hui que je n'existe pas.

jeudi 13 juillet 2006

Dans le train, juillet 2006.

Le même trajet, une fois de plus.
Ma vie pourrait se résumer dans cet aller-retour incessant, c'est drôle pourtant pour une fois j'ai eu l'impression d'avancer.
Le jeu est terminé. Ça y est. C'est fini. Mais personne n'a gagné.
C'était comme toujours, là-bas, et pourtant c'était différent, peut être parce que je n'en fais plus partie, je ne suis plus de là-bas. Et pas encore d'ici.
Lui était avec une autre, ils avaient l'air heureux ensemble et même si ça m'a fait mal, je m'attendais à pire. Il est tout de même venu me rejoindre. On ne peut pas s'en empêcher, c'est comme ça, on n'y peut rien. On est attirés l'un par l'autre, comme des aimants-amants. Nous étions peut-être jumeaux dans une autre vie.
Je lui ai tourné le dos.
Je n'aurais jamais cru en être capable et pourtant...
J'ai décidé de reprendre ma vie. Je ne leur appartiens plus, je n'appartiens plus à personne, ils le savent désormais.
J'ai rencontré des personnes, ici, qui m'ont montré que j'étais vivante. Que j'existais. Que je n'étais pas juste un jouet ballotté au gré des événements ou de leurs envies.
J'ai rencontré une personne en particulier qui m'a montré qu'une famille ça pouvait être synonyme d'amour, de compréhension, d'acceptation de soi et de l'autre. Que "chez soi" c'est là où on se sent bien, pas là où on est né.
J'ai rencontré une famille. Ce n'est pas celle qui m'a vue naître, pourtant c'est celle qui m'a redonné la vie. J'étais morte avant de les rencontrer.
C'est un sentiment merveilleux qui s'empare de moi quand leurs enfants accourent à ma vue et me sautent dans les bras.
J'aime leur raconter des histoires au coucher, parler avec ces enfants, les voir jouer, rire, s'épanouir dans ce cadre rempli d'amour.
J'aime parler avec Pitou, partager des impressions littéraires ou culturelles, rire, parler de tout, de rien, de sentiments et de peines de coeur, me confier, simplement, sans crainte d'être jugée. J'aime le sentiment de protection, d'apaisement, qu'elle me procure. Sa façon de tous nous materner, son épaule amie.
J'aime, enfin et surtout, Marie. Douce Marie, tendre et forte, bulle de bonheur et d'énergie pure. J'aime trouver en elle la soeur que je n'ai pas eue. Je n'avais jamais apprécié autant quelqu'un en si peu de temps, c'est elle qui m'a donné ce nouveau souffle. Je ne saurais jamais assez la remercier de tout ce qu'elle m'a apporté.
Pour tout cela, et bien plus encore, Marie, Pitou, Sach, Marine, merci.
Merci d'exister, merci d'être là, merci d'être vous...

Je vous aime.

mardi 11 juillet 2006

Sortie du métro. Juillet

Il suffisait d’être deux dans ce train pour laisser derrière soi cette sensation d’abandon.
C’est si simple.
Il reste pourtant quelque chose que je ne peux concevoir, c’est de me dire :
" ce matin j’étais à la plage, j’ai encore la brulure du soleil sur ma peau, le goût du sel dans mes cheveux, sur ses lèvres, et du sable au creux de nos mains, mais quand je lève les yeux je vois bastille et ses rues pleines de gens"
Alors le murmure des vagues s’éteint dans mon oreille et je sens enfin le poids de mon sac.
Il me tend la main devant mon regard triste et dans son sourire contrit je vois que je n’ai pas rêvé, nous y étions bien mais c’est terminé, et ses lèvres, sa peau, auront cette nuit le même goût de regret salé que les miens...

jeudi 6 juillet 2006

Un endroit ami, juillet.

J’implose. Je suis en pétage de câble.
Pétage de plomb. Je me liquéfie de l’intérieur. Je tempête, je hurle, je pleure à m’en étouffer.
C’est une rage à vif qui coule dans mes veines. De la haine à l’état pur. Brûlante.
Je hais donc je suis
Tout ça en dedans. Rien ne transpire de cette frénésie destructrice. Je reste en apparence le calme personnifié, mais j’ai volé en éclats. Je ne suis plus, je n’ai plus même envie d’être désormais.
Fatiguée de courir après des fantômes, je me rends compte que la vie, elle, a continué son chemin. Sans moi. Je suis morte il y a longtemps déjà, il ne reste plus rien de moi.
L’Autre a pris ma place. Elle est plus sociable, plus gaie, Elle ne ressent rien. Elle ne souffre jamais. Elle m’interdit de pleurer. Elle m’empêche d’aimer. Elle ne s’attache pas, jamais. Elle est froide. Elle est fière. Elle me méprise.
Depuis sa naissance il y a 13 ans, elle a pris de plus en plus de force. Elle aura bientôt totalement pris ma place.
Il n’y a qu’ici, devant une feuille blanche, qu’elle me laisse sortir.
Bientôt je n’en aurais plus la force.
Je suis un vampire des temps modernes. C’est l’amour que l’on me porte qui me fait vivre.
À la seconde où tous m’auront oubliée je disparaîtrais. Comme une bougie qu’on souffle.
Je suis en train de me perdre.
Je ne sais plus qui je suis. Suis-je déjà Elle ?
Et toi qui lit ces lignes, qui est tu ?
Dit-moi, de nous deux, lequel je suis ?

Pourquoi je suis là ?

lundi 3 juillet 2006

Journal d’Alice

Juillet 19…

Je suis morte il y a 5 jours.
Je ne suis pas même sûre d’avoir jamais eu une existence tangible.
J’étais peut être juste un reflet dans un miroir terni, une ombre fugace, un rêve qu’on oublie avant même d’en avoir pris conscience.
Je suis morte il y a 5 jours. Je suis tombée d’une falaise, l’eau était si froide que j’en ai eu le souffle coupé. Il y avait un cerf volant et quelqu’un qui riait. J’étais allongée sur le sable, le feu d’artifice, au loin, tonnait comme autant de coups de canon saluant mon départ, je le sentais vibrer dans chacune de mes veines… Et ce rire immonde, encore et encore, qui me vrille les tympans et me donne envie de vomir, mais je ne peux même pas vomir, je n’ai que de l’alcool dans l’estomac, du whisky avec un goût de savon, et une haine profonde, qui se diffuse dans mes veines, qui me remplit, me submerge, et sa voix dans mon oreille, me susurrant qu’il ne sert à rien de crier puisque je n’existe pas, je ne suis rien, rien.
Et je suis morte .
J’étais là, à me regarder allongée sur le sable, à regarder ce pauvre petit rien qui ne se défend même pas, derrière moi j’entendais les autres rire et chanter autours du feu, plus loin le fracas du feu d’artifice dont les lumières allumaient des reflets de sang sur la mer, et le murmure des vagues. J’étais là, à me regarder pleurer sans larmes et hurler sans cris, puis j’ai levé les yeux et vu le cerf volant, j’ai attrapé la ficelle pour qu’il m’emmène loin, très loin, mais arrivée au dessus de la falaise j’ai ouvert la main et je suis tombée.
Droit dans l’eau rougie par les lumières, comme un caillou.
Un petit caillou de rien du tout.
Dans l’eau.
Et j’ai ouvert les yeux.
J’étais toujours sur le sable, allongée sur le sable glacé, le feu d’artifice était terminé, tout était terminé, comme si rien n’était jamais arrivé, il m’a attrapée par le bras pour me relever et m’a embrassé la bouche en me maintenant fort contre lui, puis on a rejoint les autres autours du feu. Ils n’avaient rien remarqué. Il ne s’était rien passé. Rien.

Sauf que j’étais morte.